Une seule race, deux traditions
Commençons par la confusion, parce qu'elle bloque tout le reste : il n'existe pas deux races officielles. La Fédération cynologique internationale décrit un seul Bull Terrier, sous le standard numéro 11, avec la Grande-Bretagne pour pays d'origine. L'American Kennel Club enregistre lui aussi une seule race sous le nom de Bull Terrier.
Les appellations qui circulent recouvrent donc trois choses différentes, et il faut savoir laquelle est en jeu.
- English Bull Terrier
- Formule redondante, employée pour insister sur l'origine britannique de la race ou pour distinguer le Bull Terrier d'autres races de type bull. Elle ne désigne pas une race distincte.
- American Bull Terrier
- Appellation sans existence officielle. Elle sert le plus souvent, dans le langage courant, à désigner soit des sujets nés de lignées nord-américaines, soit, par confusion, des races américaines de type bull qui n'ont pas le même standard ni le même livre généalogique.
- Lignée anglaise, lignée américaine
- Usage correct du mot lignée : il désigne l'origine géographique des ascendants d'un chien, telle qu'elle se lit sur son pedigree. C'est le seul de ces trois emplois qui renvoie à une réalité vérifiable sur un document.
Un chien n'est donc jamais d'une race anglaise ou américaine. Il est d'une race unique, et son pedigree porte des ascendants nés ici ou là.
Ce qui a divergé et pourquoi
Une même race élevée sur deux continents pendant un siècle produit deux populations qui ne se ressemblent pas tout à fait. Trois mécanismes, et trois seulement, expliquent cet écart.
- Les fondateurs disponibles. Chaque population nationale s'est construite sur les sujets qui avaient effectivement été importés, c'est à dire sur un échantillon, jamais sur la race entière. C'est un effet de fondation, et il suffit à produire des différences durables.
- La tradition de jugement. Le standard est commun, sa lecture ne l'est pas. Les juges d'un pays valorisent, à l'intérieur du texte, certains équilibres plutôt que d'autres. Ces préférences orientent la sélection sur des décennies.
- L'organisation officielle de la couleur. C'est la seule différence structurelle. L'American Kennel Club juge la race en deux variétés distinctes, blanche et colorée, avec des classes séparées. La Fédération cynologique internationale ne procède pas à cette séparation : la couleur y est une rubrique du standard, pas une variété.
Lire un pedigree qui mêle les deux branches
Un pedigree ne porte pas de mention lignée anglaise ou lignée américaine. Il porte des éléments concrets, qui se lisent en quelques secondes une fois qu'on sait où regarder.
- Le préfixe du numéro d'inscription des ascendants. Chaque livre généalogique national a sa forme de numéro. Un ascendant inscrit dans un registre étranger se repère à ce détail.
- La mention d'importation. Un chien né à l'étranger et inscrit ensuite dans un registre national porte une mention d'import, souvent accompagnée du pays d'origine.
- Les titres portés. Les intitulés de championnat diffèrent selon les pays et signalent immédiatement le contexte dans lequel un ascendant a été présenté.
- L'affixe. Les affixes sont attribués nationalement. Un affixe étranger dans une colonne d'ascendants indique un apport extérieur à la population locale.
Ce que cela change en pratique : un apport extérieur élargit la base génétique disponible et diminue, en général, la parenté avec la population locale. C'est l'un des leviers décrits dans limiter la consanguinité dans une lignée. En contrepartie, il introduit des origines moins connues de l'éleveur, dont le suivi de santé et le comportement sont plus difficiles à documenter. La méthode de lecture complète du document est détaillée dans le fonds Pedigree.
Le cas de la variété miniature
La variété miniature ajoute une couche à la confusion, car elle a un statut différent selon les pays.
Le Bull Terrier miniature est décrit par la Fédération cynologique internationale sous un standard distinct, le numéro 359, dans le même groupe et la même section que le Bull Terrier. Le texte est pratiquement identique à celui de la race standard, avec une différence de fond : la taille y est plafonnée, alors que le standard du Bull Terrier ne fixe ni limite de taille ni limite de poids.
Le Kennel Club britannique lui reconnaît un registre distinct en 1939, l'American Kennel Club l'admet en 1991. Une conséquence pratique en découle : la population miniature est plus récente et plus petite que la population standard, ce qui rend la gestion de sa diversité génétique plus délicate.
Le détail de la comparaison, y compris les points de vigilance de santé propres à la variété, est traité dans Bull Terrier miniature et standard.
Ce que le lecteur doit retenir
Trois phrases suffisent à retenir l'essentiel de cette page.
Pour un acheteur, la conséquence est directe : la question utile n'est pas de savoir si un chien est de lignée anglaise ou américaine, mais de savoir ce que ses ascendants ont produit, quels dépistages ont été faits et quels ancêtres reviennent dans son tableau. Le fonds Santé des lignées et la page exemple commenté de pedigree donnent les moyens de poser ces questions.