Pigmentation et audition : le mécanisme
Le lien entre robe blanche et audition ne relève pas de la croyance. Il s'explique par une seule cellule, présente à deux endroits du corps : le mélanocyte.
Les mélanocytes sont les cellules qui fabriquent le pigment. Au cours du développement embryonnaire, elles migrent depuis la crête neurale vers la peau, où elles produisent la couleur du poil, mais aussi vers l'oreille interne, où elles participent à un tissu de la cochlée indispensable au fonctionnement de l'audition, la strie vasculaire.
Chez un chien à robe blanche étendue, ces cellules n'ont pas colonisé la peau. Lorsque le mécanisme est suffisamment étendu, elles peuvent également manquer dans l'oreille interne. Le tissu concerné dégénère alors dans les premières semaines de vie, et l'oreille perd définitivement sa fonction. La surdité qui en résulte est précoce, irréversible, et ne relève d'aucun traitement.
Ce mécanisme n'est pas propre au Bull Terrier : il est décrit dans de nombreuses races à robe blanche étendue ou à robe merle. Il concerne d'ailleurs davantage l'étendue de la dépigmentation que la race elle même. Les relevés publiés, notamment les compilations de résultats auditifs réunies par le vétérinaire américain George Strain, situent la proportion de Bull Terrier blancs atteints d'une oreille ou des deux autour de 20 %, contre quelques pour cent chez les sujets colorés.
Surdité unilatérale et bilatérale
La surdité congénitale n'est pas un état unique. Elle prend deux formes qui n'ont ni les mêmes conséquences, ni la même visibilité.
| Unilatérale | Bilatérale | |
|---|---|---|
| Ce qui est atteint | Une seule oreille | Les deux oreilles |
| Comportement du chien | Entend, réagit, apprend normalement. Peut avoir du mal à localiser l'origine d'un son. | Ne réagit à aucun son. Se repère par la vue et les vibrations. |
| Détection sans examen | Pratiquement impossible, y compris par un éleveur attentif. | Repérable en quelques jours par l'observation. |
| Conséquence en reproduction | Décisive : un chien réputé normal peut être atteint, et le rester ignoré pendant toute sa carrière de reproducteur. | Connue, donc prise en compte. |
C'est la ligne « détection sans examen » qui justifie tout le reste. Un chiot sourd d'une oreille suit sa portée, joue, répond à l'appel et ne se distingue en rien de ses frères et soeurs. Sans examen, il sera vendu, éventuellement présenté, éventuellement reproduit, sans que personne ne sache. C'est la raison pour laquelle un test existe, et pourquoi il se pratique sur la portée entière plutôt que sur les chiots suspects.
Le test BAER, en pratique
Le test BAER, pour brainstem auditory evoked response, mesure la réponse électrique des voies auditives à une série de sons brefs. Il ne demande au chien aucune coopération, ce qui le rend utilisable sur un chiot.
Comment il se déroule
- Trois électrodes fines sont placées sous la peau, au niveau du crâne. La pose est comparable à une piqûre.
- Un écouteur envoie des clics dans une oreille, puis dans l'autre. Chaque oreille est testée séparément : c'est ce qui permet de détecter une surdité unilatérale.
- L'appareil enregistre l'activité électrique produite par le trajet nerveux et l'affiche sous forme de tracé.
- L'examen dure quelques minutes par chien. Une sédation légère est parfois nécessaire chez un sujet agité.
Quand et comment le lire
Il se pratique à partir de cinq à six semaines, l'audition étant fonctionnelle à cet âge. Le résultat est un tracé : une réponse identifiable signe une oreille fonctionnelle, un tracé plat signe l'absence de réponse. Le compte rendu mentionne le chien, son numéro d'identification, la date, et le résultat pour chaque oreille séparément.
Un point à connaître : le résultat vaut pour la vie s'agissant de la surdité congénitale, mais il ne préjuge pas d'une perte d'audition acquise plus tard, liée à l'âge, à une infection ou à un traitement.
Ce que cela implique pour la sélection
Le résultat d'un test auditif est une donnée d'élevage, utilisée pour orienter les accouplements sans jugement de valeur sur les chiens.
- Un sujet sourd des deux oreilles n'est pas reproduit. C'est la règle la plus constamment appliquée, dans toutes les races concernées.
- Un sujet sourd d'une oreille pose une question de politique d'élevage. Les recommandations des clubs de race varient, mais l'information doit dans tous les cas être connue avant la décision, ce qui suppose d'avoir testé.
- Le statut auditif des deux parents compte davantage que celui d'un seul, la surdité congénitale n'étant pas déterminée par un gène unique à effet simple.
- La robe entre dans l'équation, sans la résumer : les sujets colorés sont nettement moins concernés, comme l'expliquent l'histoire des robes de la race dans colored et blanc.
Pour un acheteur, la question à poser est simple et se vérifie : les chiots de la portée ont-ils été testés au BAER, et peut-on voir le compte rendu, oreille par oreille ? Le résultat des parents est utile, celui du chiot est décisif.
Vivre avec un chien sourd
Un chien sourd est un chien qui n'entend pas, et rien d'autre. Sa vie quotidienne demande quelques adaptations, connues et éprouvées.
- Passer par le visuel. Les signaux de la main remplacent la voix. Un chien sourd apprend les ordres gestuels aussi vite qu'un chien entendant apprend les ordres vocaux.
- Utiliser les vibrations. Frapper le sol du pied, ou allumer une lumière, permet d'attirer l'attention à distance sans surprendre l'animal.
- Réveiller en douceur. Un chien qui n'entend pas venir peut sursauter. Un contact large et lent, plutôt qu'une main sur la tête, évite la réaction de surprise.
- Sécuriser les sorties. Un chien sourd ne perçoit ni les véhicules ni les rappels. La longe et l'espace clos sont les deux règles constantes.
- Signaler la surdité sur la médaille et auprès des personnes qui gardent le chien, pour éviter les malentendus de comportement.
Un chien sourd n'est ni plus craintif ni plus agressif qu'un autre du seul fait de sa surdité. Les difficultés rapportées tiennent presque toujours à des interactions mal comprises, non à l'animal.