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Lignée Bull Terrier Fonds documentaire de la race

Généalogie · Pedigree · Santé des lignées

Fonds IV · Santé des lignées · Pièce 03

La néphropathie héréditaire du Bull Terrier

L'atteinte rénale héréditaire décrite dans la race est discrète : elle progresse longtemps sans signe visible, ce qui explique l'importance des examens de contrôle.

Ce que décrit la littérature

La littérature vétérinaire décrit chez le Bull Terrier deux atteintes rénales familiales distinctes. Les confondre conduit à demander le mauvais examen.

La néphropathie héréditaire
Elle résulte d'une anomalie du collagène qui compose la membrane basale du glomérule, c'est à dire le filtre du rein. Ce filtre laisse passer des protéines qu'il devrait retenir, et se dégrade progressivement. La transmission décrite est autosomique dominante.
La polykystose rénale
Elle se traduit par la présence de kystes dans le tissu rénal, de taille et de nombre variables. La transmission décrite est également autosomique dominante. Elle se recherche par imagerie et non par analyse d'urine.

Le mot dominante mérite une explication, car il inverse tout ce qui a été dit à propos de l'acrodermatite. Dans une transmission dominante, une seule copie du gène suffit à produire l'atteinte : il n'existe donc pas de porteur sain. Un chien concerné le manifeste, tôt ou tard, et transmet le gène à la moitié de sa descendance en moyenne.

La conséquence pratique est double. D'un côté, la maladie ne peut pas circuler silencieusement pendant des générations, contrairement à une affection récessive. De l'autre, l'expression peut être tardive et variable, si bien qu'un chien peut avoir déjà reproduit avant que quoi que ce soit ne se voie. C'est cette dernière particularité qui rend le suivi indispensable.

Planche anatomique documentaire du rein du chien accompagnée d'un tableau de suivi des examens rénaux sur plusieurs générations
PlancheUne atteinte silencieuse, un suivi de famille.

Les signes d'appel

L'atteinte rénale évolue longtemps sans signe visible, parce que le rein dispose d'une réserve fonctionnelle considérable. Les signes n'apparaissent que lorsqu'une part importante du tissu filtrant est déjà perdue.

Les signes rapportés dans la littérature sont les suivants, sans ordre chronologique fixe.

  • Une consommation d'eau qui augmente, et des mictions plus fréquentes ou plus abondantes.
  • Un amaigrissement progressif malgré un appétit d'abord conservé.
  • Une baisse d'appétit, puis des vomissements et une fatigue générale.
  • Un pelage terne et une masse musculaire qui fond.

Autrement dit, attendre les signes revient à ne rien dépister du tout. C'est exactement le raisonnement qui a conduit les clubs de race à organiser un suivi sur des chiens en bonne santé apparente.

Les examens de dépistage

Trois examens sont employés, chacun pour une question différente.

Les examens du suivi rénal et ce qu'ils cherchent
ExamenCe qu'il mesureQuand il est utile
Rapport protéines sur créatinine urinaire La quantité de protéines perdue dans les urines, rapportée à la concentration de l'échantillon. C'est le marqueur d'une fuite glomérulaire. Sur chien sain, de façon répétée. C'est l'examen de dépistage de référence de la néphropathie héréditaire.
Échographie abdominale La structure du rein : taille, contours, présence de kystes. Pour rechercher une polykystose, qu'aucune analyse d'urine ne détecte.
Bilan sanguin rénal Les marqueurs de la fonction rénale dans le sang. Plus tardif : il se modifie lorsqu'une part importante de la fonction est déjà perdue. Utile au suivi, insuffisant au dépistage.

Une recherche génétique existe par ailleurs pour l'anomalie du collagène décrite dans la race. Son emploi dépend du laboratoire et des recommandations du club de race, et elle ne dispense pas du suivi urinaire, qui mesure l'état réel du filtre au moment de l'examen.

Le rythme habituellement recommandé pour un chien destiné à la reproduction est un contrôle annuel, commencé jeune afin de disposer d'une valeur de référence propre à l'animal.

Le suivi dans une lignée

Une atteinte à transmission dominante et à expression variable ne se suit pas chien par chien : elle se suit famille par famille. C'est là que la généalogie devient un outil clinique.

  1. Établir une valeur de départ. Un premier contrôle sur un chien jeune donne sa valeur de référence. Une valeur isolée à cinq ans ne peut être comparée à rien.
  2. Répéter dans le temps. C'est l'évolution qui informe, pas le chiffre. Une valeur stable sur plusieurs années ne se lit pas comme une valeur qui monte régulièrement.
  3. Remonter aux ascendants. Savoir de quoi et à quel âge sont morts les parents et les grands-parents est une information de premier ordre, et elle ne figure sur aucun pedigree. Elle se demande.
  4. Regarder les collatéraux. Les frères et soeurs d'un reproducteur renseignent souvent mieux que ses propres ascendants, parce qu'ils sont plus nombreux et du même âge. C'est la différence entre une lignée et une famille, posée dans le fonds Histoire et généalogie.

Un résultat isolé ne suffit donc jamais à conclure sur une famille. Un chien contrôlé une fois, à un âge quelconque, apporte une information ponctuelle ; c'est la répétition et la comparaison entre apparentés qui donnent une image utilisable.

Ce que le propriétaire peut surveiller

Le propriétaire n'a pas de dépistage à faire lui même, mais il occupe une position que le vétérinaire n'a pas : il voit son chien tous les jours.

  • Suivre la consommation d'eau. Remplir le bol avec un récipient gradué, une fois de temps en temps, donne un repère. Une augmentation durable et inexpliquée est le signal qui mérite un avis.
  • Noter les changements de mictions : fréquence, volume, propreté nocturne chez un chien adulte qui n'avait plus d'accident.
  • Peser régulièrement. Une perte de poids progressive passe inaperçue à l'oeil et se voit sur une balance.
  • Conserver les comptes rendus. Un dossier qui contient les analyses des années précédentes vaut, pour un vétérinaire, bien plus qu'un examen isolé.

Aucun de ces éléments ne constitue un diagnostic. Ils servent à déclencher une consultation au bon moment, ce qui est exactement ce que l'on peut attendre d'un propriétaire attentif.

Suite : l'espérance de vie du Bull Terrier